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Un très beau portrait de cette grande dame... j'espère que l'auteur de l'article nous pardonnera de le reproduire... Bruno Mignot

Après Dakar et Abidjan, elle avait découvert les Dogons, jusqu'à devenir une spécialiste des arts dits primitifs. Elle vient de fermer la galerie qu'elle tenait à Paris, quai Malaquais (2004)

Pour les amateurs d'arts "primitifs", l'étroite vitrine qui donne sur le quai Malaquais, face à la Seine, est un signe de ralliement. Qu'ils soient parisiens ou new-yorkais, londoniens, milanais ou bruxellois, ils ont tous actionné, un jour ou l'autre, la sonnette de la galerie d'Hélène et Philippe Leloup. Ensuite, l'œil aux aguets, ils ont fait le tour des deux salles rouges. Aujourd'hui, les portes qu'Hélène avaient ouvertes il y a trente-huit ans - elle s'appelait alors Hélène Kamer - sont définitivement closes. La propriétaire des lieux a discrètement tiré sa révérence après un demi-siècle consacré aux arts des peuples réputés sans écriture, et d'abord à ceux d'Afrique.

Une galerie de plus ou de moins, quelle importance ?, demanderont ceux qui la connaissent mal. Mme Leloup n'a jamais renié sa profession. Les aficionados savent que ce petit bout de bonne femme, avec son débit rapide, son air penché et son rire en cascade, est une des meilleurs spécialistes de l'art africain. Les sculptures dogons n'ont guère de secrets pour elle. Elle leur a consacré un gros volume, qu'elle entend compléter.

Rien ne prédisposait Hélène Copin (son nom de jeune fille) à se consacrer à l'art. Elle avait 8 ans à la mort de son père, un brasseur, à la veille de la deuxième guerre mondiale, qu'elle passa en Lot-et-Garonne. Son bac en poche, la jeune fille tente HEC, s'intéresse à la politique (versant gaulliste) avant d'intégrer une petite agence de presse. Ce qui lui donne l'occasion, en 1952, d'effectuer un voyage en Afrique. "Ce fut un choc considérable, se souvient-elle. Tout m'impressionnait, tout me plaisait : le pays, les gens, le ciel bleu, la terre rouge - et l'art." Elle découvre quelques musées, ceux de Dakar et d'Abidjan, dont les vitrines sont encore garnies.

A Paris, peu de temps après, elle rencontre Henri Kamer. Lui aussi revient d'Afrique : "Il était parti placer du matériel de lutte contre l'incendie, raconte Hélène, et avait profité de son voyage pour acheter quelques souvenirs qu'il avait revendus en France." C'est le coup de foudre. Les deux jeunes gens se marient. Henri, charmeur, bon pianiste de jazz, agréable joueur de tennis, a un oncle antiquaire boulevard Raspail. Pourquoi ne pas lui rapporter quelques objets de ce continent qui leur a laissé de si bons souvenirs ?


En 1956, le couple met à nouveau le cap sur l'Afrique. "A l'époque, note Mme Leloup, très peu de gens se préoccupaient d'art nègre en dehors de quelques marchands comme Ratton, Le Corneur, Vérité ou Rasmussen. Les pièces ne valaient pas très cher. L'Afrique, c'était encore l'aventure ; les gens y découvraient la modernité, les voitures, les radios, les bicyclettes, les appareils de photo. A bord d'un vieux camion de l'armée américaine, on a traversé une partie de l'Afrique de l'Ouest. On a pu acheter pas mal d'objets, surtout dans les régions où l'islam était majoritaire. A notre retour, on a pu ouvrir une boutique, au 90 boulevard Raspail."

Ladite "boutique" va surtout être alimentée par des antiquaires africains, comme Mamadou Sylla, Mamadou Diaow, El Hadj Gouro Sow ("qui descendait toujours à l'hôtel Cluny-Palace") ou Diongassy Almamy, "à l'œil particulièrement avisé", qui apportent régulièrement en France des cantines remplies. Les objets qu'ils déballent sont destinés à un étroit public européen, vite rejoint par quelques Américains. Les Kamer font ainsi la connaissance du cinéaste John Huston, venu tourner à Paris Moulin-Rouge. "Il avait déjà une collection précolombienne. Nous l'avons initié à l'art africain", indique Mme Leloup.

PARIS-NEW YORK-PARIS

D'outre-Atlantique vient aussi Pierre Matisse, qui va mettre en contact les Kamer avec Robert Goldwater, professeur d'histoire de l'art, mari de Louise Bourgeois et, surtout, principal pourvoyeur d'art africain de Nelson Rockefeller. Les Kamer entreprennent une première virée américaine. Grâce à Huston, Hélène se lie avec Kirk Douglas et Billy Wilder. A New York, elle rencontre des universitaires : Douglas Newton, spécialiste d'art océanien, ou Gordon Eckholm, tourné vers les arts précolombiens. Le "primitivisme" est à la mode sur la Cinquième Avenue. Rockefeller ouvre son Museum of Primitive Art, plus tard intégré au Metropolitan Museum.

Aussi, avec Allan Brandt, les Kamer ouvrent-ils une galerie, Madison Avenue. Hélène fait venir ses deux enfants et commence à jongler avec les fuseaux horaires. Entre deux voyages africains, elle retourne aussi à Paris - "J'avais le mal du pays." Henri, de plus en plus flambeur, est sans cesse par monts et par vaux. Sa femme s'occupe seule de la galerie. En 1964, elle rédige les notices du catalogue de la vente Hélène Rubinstein, qui marque le retour de la vogue de l'art primitif en Europe. "J'ai fait tout le travail, et on a remercié Henri Kamer, constate-t-elle. La lecture de Simone de Beauvoir a été pour moi une révolution. "
Du coup, en 1966, elle rentre en France pour ouvrir - seule - sa galerie du quai Malaquais. Un an plus tard, elle divorce, en abandonnant à Henri tout le stock de New York. La guerre du Biafra (1967-1970) va être un tournant : "On a vu arriver à Paris des camionnettes remplies d'objets très rares pour nous, des pièces urhobos, mumuyes, igbos, vendues par les représentants de ces ethnies qui avaient besoin d'argent pour s'acheter des armes." Peu à peu, un nouveau public est touché, de nouveaux marchands s'installent. "Quand j'ai commencé, il y avait quatre ou cinq galeries à Paris. Il y en a aujourd'hui une trentaine. Les institutions, naguère indifférentes, se sont mises à acheter. Des musées se sont ouverts dans le monde entier."

Avec Philippe Leloup, un architecte auquel elle s'associe et qu'elle va bientôt épouser, elle tente une nouvelle aventure new-yorkaise, tout en conservant sa base parisienne. Les voyages en Afrique, tous les deux ou trois ans, n'ont plus pour but d'acheter, mais de continuer à apprendre. "Et la seule façon d'apprendre, c'est d'aller interroger les gens, sur place." C'est ainsi qu'en 1994, elle publie sa somme sur la statuaire dogon. Pourquoi les Dogons ? "Je n'aime pas trop les choses aimables. Les sculptures dogons sont sévères ; il y a une grandeur dans ces pièces, un côté janséniste que l'on retrouve d'ailleurs chez les gens eux-mêmes, en harmonie avec la rigueur des paysages où ils vivent." Regrette-t-elle ses collectes des années 1950 ? "A l'époque, les objets étaient en vente libre et les propositions pressantes. C'était un autre contexte. Les grandes collectes entreprises vingt ans plus tôt par des ethnologues comme Marcel Griaule sont aujourd'hui impensables."

Emmanuel de Roux

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BIOGRAPHIE

1952 : Premier voyage en Afrique.

1958 : Premier voyage à New York.

1966 : Ouvre sa galerie, quai Malaquais, à Paris. 

1976 : Mariage avec Philippe Leloup.

1994 : "Statuaire dogon" (Amez éd.). 

• Article paru dans le journal "le Monde"  du 04.05.04, par Emmanuel de Roux.